Question de point de vue
Je vais aller dans cet article un peu plus loin que ce que vous trouverez habituellement dans les livres ou sur la toile.
Tout d'abord pourquoi je me permet d'en parler : Cela fait presque 30 ans que je couds en amateur. Je fais également de la reconstitution depuis presque 20 ans. Dans ce cadre je me suis spécialisée dans le textile. Le TEXTILE depuis la fabrication du fil à la couture et l'entretien en passant par le filage et le tissage, je sais travailler TOUTES les étapes d'un tissu. Je n'irai pas dire que je suis experte loin de là. Mais quelqu'un d'expert ne voit qu'une facette quand moi j'en vois de nombreuses même si je sais que mes connaissances ne seront jamais complètes.
Nous allons parler ici de tissu naturel, je n'y connais RIEN en synthétique (soit dit en passant je ferais la même chose avec du synthétique si je devais en utiliser)
Deux points de vue : il faut et il ne faut pas. Les arguments basiques:
Il faut laver son tissu avant couture:
arguments pour :
_ Si on se prend la pluie il n'y aura pas de mauvaise surprise : le tissu aura déjà connu l'eau.
arguments contre :
Il ne faut pas laver son tissu avant couture:
arguments pour :
arguments contre :
Les deux points de vue se valent et tout dépendra donc essentiellement de ce qu'on veux faire de son tissu ensuite.
D'un point de vue plus particulier, celui du tissage.
Aujourd'hui lorsque vous achetez un tissu, soit il sort directement du métier à tisser soit il a reçu des traitement "en tension". Sinon c'est indiqué "tissu lavé".Au bas moyen age il aurai été impensable de vendre un tissu sans le laver auparavant pour le finir et en retirer l'apprêt de tissage.
Professionnellement et traditionnellement, avant de tisser le fil est apprêté. soit le tisserand achète un fil pour tissage ( qui est déjà apprêté) soit il l'apprête lui même. Ceci permet de lisser le fil et de le rendre un peu plus résistant au dur labeur qu'il va avoir. Selon la fibre, la raison et l'apprêt seront différents mais globalement ils seront apprêtés. Artisanalement, cette étape est une étape supplémentaire qui n'est réalisée que si le fil le nécessite vraiment (pour les fils simples c'est obligatoire, pour les fils doublés ou plus c'est aléatoire). Il faut savoir que lorsqu'on achète un fil pour tisser de façon amateur il est rarement indiqué si il est apprêté ou non mais l'expérience permet de le dire rapidement.
Lorsque l'on tisse, le fil est tendu, le tissu donc aussi, l'apprêt rend le fil rigide, il ne prend donc pas sa place exacte mais va donner quelque chose de raide et lisse. Ainsi c'est également plus simple de l'imprimer (avec des impressions compatibles qui ne partiront pas quand l'apprêt sera lavé).
Au premier lavage, les fils vont se détendre, s'assouplir et prendre leur place définitive. Leur vraie place. Avoir un tissus raide et lisse comme un tissu apprêté est possible, c'est un tissu de qualité qui vaux un certain prix, car ce sont des tissus très tassés (avec beaucoup de fils au cm par rapport à leur épaisseur). ceux ci ne perdront pas leur tenue au lavage. Souvenez vous de vos mères qui vous ont dit de prendre des draps avec le plus grand nombre de fils possible. Un tissu très tassé perdra peu en longueur également car ses fils n'auront pas la place de se détendre.
Lorsque l'on dit qu'un tissu rétrécit au lavage, c'est une erreur de langage. Le tissu ne rétrécit pas, il prend sa vrai place car il était trop tendu au départ. si vous avez un élastique détendu que vous lui donnez un coup de vapeur et qu'il reviens à sa longueur initiale vous ne dites pas qu'il rétrécit non?
Ainsi un tissu n'est fini que lorsque qu'il a subi son premier lavage qui va mettre en valeur son tissage.
Les plus flagrants sont les nid d'abeille et grain d'orge (pour l'armure du tissu) et les crêpes qui vont plisser dû à l'utilisation d'un fil crêpe (surtordu).
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| Un tissu que j'ai tissé avec du lin surtordu (crêpe). au milieu il est lavé et oui c'était bien le rendu que je souhaitais Nid d'abeille sorti du métier Nid d'abeille Lavé Grain d'orge à gauche lavé repassé, à droite sur le métier |
Méfiez vous des noms des tissus :
Le seul moyen de savoir exactement de quoi on parle est de caractériser la matière, l'armure, le nombre de fils au cm et je dirais même plus la caractérisation de ces fils (épaisseur, torsion et nombre de brins) et les étapes de finissage.
Mais cela est impossible et de tout temps pour résumer tout on leur à donné un nom. Lorsque ce nom devient populaire alors des copies en sont faites avec plus ou moins de bonheur. Et souvent sans être mensonger.
Ce qui m'a lancé l'envie de faire cet article est une discussion sur le taffetas de soie voici ce qu'en dit l'encyclopédie de Diderot et d'Alembert http://enccre.academie-sciences.fr/encyclopedie/article/v15-2725-0/ Le nom taffetas ne préjuge en aucune façon de la manière dont va se comporter le tissu au lavage. Aujourd'hui il faut lui rajouter "de soie" alors qu'auparavant ce mot était utilisé uniquement pour la soie. mais il n'est non plus implicite dans ce nom si le tissu est fort tassé (et gardera sa tenue au lavage) ou peu tassé (et prendra son vrai aspect après l'apprêt retiré). le "doupion" est souvent un taffetas, le "crepe" est un taffetas, la "soie sauvage" peu être un taffetas ou un satin, le pongé est un taffetas. Un vendeur peu donc vous vendre le taffetas qu'il veux.
"Le taffetas est un tissu satiné, au toucher sec, bruissant, possédant une bonne tenue. " dit l'un.
"Il se caractérise par sa bonne tenue et sa surface brillante typique. Le taffetas fabriqué dans du tissu à armure toile" dit l'autre
"c est tissu fin et souple avec de la tenue " dit un 3eme
"Classiquement réalisé en toile de soie, le taffetas est un tissu luxueux, d’aspect sec et craquant quand on le froisse. Le taffetas prend l’apparence d’un tissus épais, légèrement brillant et bruissant " dit un 4eme
" ce tissu extrêmement serré est fabriqué avec des fils très fins ce qui provoque une certaine rigidité" dit un dernier
Aucun ne ment, mais chacun décrit SON taffetas. fin et souple, épais et craquant, sont opposés.
Mais ce qu'on entend en général par "taffetas" c'est un tissu qui a de la tenue et craquant. Comme le dit le dernier cet aspect est normalement obtenu par un tissage extrêmement serré avec des fils fins. Mais si vous vous penchez uniquement sur le coté sec, craquant, avec de la tenue. Un bon apprêt suffira à donner ces caractéristiques à une vulgaire toile (J'avoue quand je dois coudre de la soie fuyante, je l'apprête à l'amidon, puis je la lave pour lui rendre sa fluidité).
Si vous avez bien suivi vous aurez compris que pour le premier un lavage ne changera pas ses caractéristiques tandis que pour le second cas on se retrouvera avec une vulgaire toile (que théoriquement on pourrait ré apprêter si on en avait les connaissances). Il vaut mieux le savoir avant de finir son costume.
Comment laver son tissu pour la première fois :
Un peu de détail:
La laine : elle est hydrophobe et déteste les chocs thermiques. Elle ne se gonfle pas bien d'eau ce qui fait qu'elle se lave très mal en machine : les cycles sont bien trop courts. Nuit dans l'eau indispensable et bien vérifier qu'elle s'est imbibée partout. Il m'est déjà arrivé de devoir prolonger ce temps car certains endroits n'étaient pas mouillés à cœur (ça se voit la couleur est plus claire).
Si vous avez besoin de "lessive"car elle est grasse, utilisez du shampoing bébé, et préférez mélanger le shampoing dans l'eau de trempage plutôt que dans la machine.
La laine a une certaine élasticité (rêvez pas ce n'est pas du lycra non plus), l'apprêt la lui retire, le premier lavage lui en redonne. Mais attention à ne pas la feutrer : pas de choc thermiques, pas de lessive dans la machine.
Le Lin : Fibre magique, au premier abord elle est hydrophobe, l'eau coule sur elle mais passe à travers les trous de l'armure. Puis elle pénètre dans la fibre et la fait gonfler. Une fois gonflée elle est déperlante. C'est une fibre qui se casse facilement et définitivement, faites lui un mauvais pli et il restera à vie. Si vous utilisez ma méthode, pas de soucis concernant les vilains plis, mais une fois sec le lin sera affreusement rêche et désagréable. Portez le il s'adoucira bien vite. Sinon lissez le c'est la technique traditionnelle : au lieu de repasser, vous le posez sur une surface dure et vous roulez un rouleau à pâtisserie en marbre dessus ou un galet ou vous frottez avec un poids en verre, bref lissez. Le fer ne lui rendra jamais justice.
Une technique plus moderne pour avoir un lin doux et éviter les faux plis est de lui casser toutes ses fibres : lavage en machine simple et sèche linge. Vous aurez un lin bien plus doux mais qui ne correspondra pas à ce que nos ancêtres portaient. Vous aurez un tissu pelucheux alors que le lin lissé est souple, doux et presque brillant. (mais c'est un peu de travail)
La soie : Vous ne saurez pas si elle est grège ou non, alors lavez la à froid et comme la laine si besoin de savonner : shampoing bébé. ce sont des fibres animales. essayez de vous laver les cheveux au savon de Marseille et vous comprendrez. Vapeur interdite (pour la même raison), repassez le moins chaud possible. tirez partie du séchage à l'air pour bien tendre et éviter les plis de façon à ce que le repassage ne soit que le lissage simple de la soie. Certains conseillent l'utilisation d'une pattemouille pour éviter les accidents.
Cas particulier : les tissus apprêtés type tissu Wax
En lavant son Wax à moins de 40°, en ne repassant pas trop chaud, en suivant mes recommandations, la wax (qui n'est que de la cire) ne partira pas tout de suite. mais elle finira par partir.
Pour retrouver la brillance de la wax, il suffira alors de la recirer. (la démarche est trouvable sur la toile)




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